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Date d'inscription : 03/05/2015

MessageSujet: test   Jeu 21 Jan - 16:49

« Bien que ce ne soit jamais pour moi, je me retourne quand quelqu’un siffle dans la rue. » Edouard Levé

Hanté par ses démons passés, souvent, le besoin de courir se faisait sentir. Alors, il ne réfléchissait pas à un lieu de chute. Il ne pensait qu’à ses pattes effleurant le sol, ses foulées s’allongeant au gré de ses envies. Tantôt longues, tantôt courtes, il était le maître de sa course.


Durant ses courses, il jetait un regard perdu sur le monde défilant autour de lui. Il avait l’impression de voir les choses partir plutôt que d’arriver, et c’était une sensation étrange. Il n’y avait que dans son travail que cette vision des choses changeait. Là, il se préparait à tout, réagissait à tout, tel un guerrier que l’on prépare dès l’enfance à mourir.


Parfois, une couleur, une odeur le ramenait à la réalité, réintégrait dans son esprit ces souvenirs auxquels il tentait de se soustraire. Pas pour fuir, mais pour prendre du recul, se préparer à l’affrontement final qu’il engagerait avec eux.


Ses pas le menèrent aux alentours de la ville de Konik. Le jour ne tarderai pas à poindre aussi décida-t-il de contempler le réveil de l’astre solaire. Il se permit un arrêt. Se laissant transporter par les tons adoptés par le ciel. Allant du jaune au bleu, cette riche palette de couleur zébrant le ciel le fit se perdre un peu plus, posant un voile sur ses craintes pour ne laisser place qu’à la plus simple et pure contemplation. Et c’est alors qu’il réalisa : il était chien. Il était libre.


C’est avec cette certitude à l’esprit qu’il rentra dans le village. La neige, molle sous ses pattes, crissant à chacun de ses pas. Et il aimait ce son, après tout, là s’offrait à lui la mélodie de sa liberté aux différentes notes et aux tons changeant. Oui, sa liberté était comme la neige. Parfois visible, parfois cachée, mais toujours présente en son cœur. Il était aussi libre à cet instant qu’attacher à son traîneau. Car il pouvait courir. Et cela faisait toute la différence.


Il entra silencieusement dans la ville, la tête ailleurs et encore pleine de ses réflexions. Silencieuse, observant son avancée dans cet univers humain duquel il fut l’objet avant d’en devenir l’outil. Et ce devenir lui convenait. Il était utile. Et il était libre. Il pouvait sentir son corps se tendre d’anticipation à la simple idée de sa prochaine course, son prochain voyage.


Un mouvement au loin le sortit de ses pensées. Il soupira intérieurement en reconnaissant certains chiens citadins. Les citadins et les chiens d’attelages ne pouvant que très rarement se supporter, il souhaita qu’ils passent leur chemin sans le voir, et c’est avec appréhension qu’il les vit se diriger vers lui, dans une posture qu’ils pensaient fière alors que lui n’y voyait que de l’arrogance.

Les citadins étaient en tous point semblables à des rats.
Ce n'était ni dans leur régime alimentaire à base de restes pourris dénichés au fond d'une benne à ordure, ni dans leur toison pelée que se créait la comparaison. C'était dans leur manière d'être. De vivre. D’appréhender le monde. Ils existaient parce qu'on le voulait bien, parce qu'on daignait les tolérer. Mais ils n'étaient que nuisances, bandes sans lois ni maître, sans avenir ni passé. Ils n'étaient que présent, faim au ventre et coussinets entaillés, ils étaient la puanteur et l'anarchie, la moisissure qu'on ne parvenait à gratter, le mal qui rongeait les villes.
Ils n'étaient rien.
Mais ce rien suffisait à exaspérer Kahsha.

Le mépris ne faisait pas partie du caractère de la charbonnée – il n'en était pas même partie prédominante. Pourtant, les citadins faisaient exception à la règle, rangés, ou plutôt balayés, entassés dans la même catégorie que les loups, les ours et la faune parasite qui transitait dans les contrées sauvages. Âmes vides scellées dans des carapaces de chair flasque, n'ayant aucun autre but dans la vie que pourrir celle des autres, les citadins n'avaient même pas la décence d'avoir peur des humains. Marée canine aux yeux ternes, ils mettaient l'alpha sombre sous tension. Seule, elle pouvait passer à travers en ne faisant rien d'autre que relever les babines et plaquer ses oreilles contre sa nuque, une crête dressée sur son garrot. Mais avec son maître, c'était crocs en avant qu'elle accueillait le moindre chien sans maître, perdant toute trace de pitié pour ceux qui ne s'attaquaient qu'aux plus faibles.

Il y avait bien sûr des exceptions.
Mais elles n'étaient que rafiots perdus sur une mer d’immondices.


La ville était loin d'être l'endroit préféré de la chienne, mais elle s'y sentait suffisamment bien pour y traîner lorsque Tinhorn faisait halte pour s'approvisionner. C'était l'occasion de retrouver d'anciennes connaissances, de profiter de la chaleur douillette d'une bouche d'aération, et de constater comme les citadins se muaient de plus en plus dans l'autisme. Ce fut dans cette optique que la chienne débarqua au trot sur l'allée principale, l'esprit guilleret et la queue battante, fraîchement repue d'un jeune lièvre imprudent. Toute trace de béatitude disparut cependant lorsque le vent glacial lui apporta l'odeur de Sikstor. La femelle se tendit, ralentit le pas pour mieux analyser la source olfactive, puis accéléra d'une détente des postérieurs. Aux effluves chaudes du mâle se mêlaient celles des citadins, et la leader ne savait que trop bien comment l'altercation se finirait : un ballet d'écarlate et d'émail, crocs enfoncés jusqu'aux gencives dans des jugulaires offertes à celui qui saurait les saisir.

Kahsha serra les crocs.
Elle ne sauverait pas les citadins par altruisme... Mais prémunirait Siks de lui même.

L'odeur forte la guida sans mal vers le grand qimmiq à l'arrêt, pattes plongées dans la neige et muscles tendus à s'en rompre ; elle le dépassa non sans un mouvement des oreilles, le saluant tout en le prévenant qu'elle venait en soutien. Les rats de cette ville ne savaient pas ce qu'ils risquaient de provoquer. Pilant devant son compère d'attelage, la noire se redressa, museau plissé et canines découvertes, laissant retentir un grondement sourd dans le silence des rues désertes. Queue enroulée sur son dos, encolure tendue, prunelles flamboyantes, elle leur adressait un message clair.
Mais jamais trop pour ces caniches bloqués à l'âge juvénile.

▬ Pas un pas de plus.

Qu'on ne la provoque pas.


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